Le printemps arabe tourne-t-il à l’hiver ?
La vague démocratique arabe serait-elle en train de retomber ? Il ne faut pas craindre d’être plus explicite encore : ne sommes-nous pas en fait en train d’assister aux derniers soubresauts des soulèvements pour nous les plus significatifs, car les plus susceptibles de rejaillir sur nous, que sont les exemples tunisien et égyptien ? Même si elles présentent des traits similaires, il n’est pas évident que les révoltes au Yémen et en Syrie, de même que la guerre civile en Libye, puissent exercer chez nous une influence aussi immédiate, dans l’hypothèse bien sûr où elles se solderaient par une démocratisation plus poussée que dans les deux premiers cas. A plus long terme, toutefois, les conséquences sur nous seraient sans doute les mêmes que celles produites par les acquis démocratiques en Tunisie et en Egypte, dans la mesure où ils sont menés plus loin que ceux dont nous, les Algériens, jouissons depuis déjà une vingtaine années. S’il en est ainsi, c’est bien entendu parce que notre destin est plus lié à la Tunisie et à l’Egypte qu’à la Syrie, ou qu’au Yémen, et peut-être même qu’à la Lybie, en dépit de sa proximité géographique. Tant il est vrai que les deux espaces géopolitique et géographique ne se recouvrent pas toujours.
En Tunisie comme en Egypte, encore que ce soit de façon différente, le changement démocratique donne le sentiment d’avorter. Sans doute ne peut-on pas exclure sans autre forme de procès que les rues, venant à se remplir de nouveau, ne relancent le processus démocratique enclenché il y a maintenant des mois. D’autant que des tentatives en ce sens ne manquent pas, aussi bien en Tunisie, ces derniers jours notamment, qu’en Egypte, où la situation se marque de la même instabilité malgré l’espèce d’accalmie consécutive aux poursuites judiciaires engagées à l’encontre de la famille Moubarak. Ces concessions faites à la rue se sont jusqu’à présent traduites par l’arrêt de la transition démocratique. Ce qui laisse penser que si le pouvoir de transition en Tunisie disposait lui aussi physiquement du président déchu et de sa femme, et de quelques autres de leurs acolytes, nul doute qu’ils les auraient sacrifiés, ou fait mine de les sacrifier, pour se concilier la rue, éclaircir ses rangs par la même occasion.
Quoi qu’il en soit, tout un chacun peut se rendre compte maintenant qu’il ne suffit pas d’obtenir le départ d’un président pour crier victoire, et croire que le reste, c’est-à-dire le changement politique souhaité est désormais garanti.
Si jamais la démocratisation tourne court, comme il se pourrait bien que ce soit le cas, les départs, imprévisibles l’un comme l’autre, de Ben Ali et de Moubarak, auront enrichi notre compréhension des régimes arabes. Il apparaît déjà en effet que les pleins pouvoirs concédés par ce genre d’autocraties au chef d’Etat est une caractéristique susceptible de les servir doublement. En temps de paix civile, c’est un facteur de cohésion, autant dire maximale, puisque l’opposition, quelle qu’en soit la forme, est soit tenue en laisse, et virtuelle, soit réduite à néant. Et en temps de crise, c’est un bouc émissaire qu’on charge de tous les maux du régime, et qu’on sacrifie pour ne pas avoir à démanteler ce dernier. D’où le paradoxe, ou plutôt le coup de force : le même personnel dirigeant, les mêmes dignitaires du système qui président au changement.
Mais c’est cette aberration qui constitue le point faible de ce qu’il faut bien appeler par son nom : une entreprise de nature contre-révolutionnaire, encore que cette expression soit impropre, étant donné que de révolution, il n’y en a pas eu justement. La moins exigeante des parties ayant contribué par leur soulèvement à la chute du dictateur est d’avis qu’il faut du moins sauver les apparences, ce qui implique un changement d’élite.
Ni en Tunisie ni en Egypte, la rue n’a encore obtenu que le départ du président soit suivi de celui de la foule de ses seconds. Il y a tout lieu de penser qu’elle le peut encore mieux aujourd’hui.
Des révolutions faites à ce qu’on prétend par des jeunes et pour des jeunes se voient à ce jour contrôlées par le même pouvoir n’en finissant pas de finir.
Par Mohamed Habili
mercredi 11 mai 2011
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Ma liste de blogs
Messages les plus consultés
-
— Attaque d'Alger par les Français - 1830 — Histoire d'Algérie - Page 6 - La colonisation française – Conquête impitoyable – ...
-
VERS UN NOUVEAU COUP DE FORCE OCCIDENTAL EN ALGERIE ? En Algérie, les réseaux de déstabilisat...
-
Dossier spécial manuel Valls: « Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël » Dans la même rubrique: ...
-
Une base militaire israélienne près des frontières de l'Algérie Une base militaire israélienne près des frontières de l'Algérie .par...
-
Dans le camp de transit de Tinalkoum le 24.09.11 les enfants libyen victimes (comment ne pas les accueillir) Tinalkoum, 220 km ...
-
Syrie : Pourquoi l’escalade des menaces depuis la résolution 2043 ? par Dr. Amin Hoteit Mondialisation.ca , Le 26 avril 2012 thawrao...
-
L'armée américaine va de l'ignoble aux scandales en Afghanistan : Des soldats américains exhibent des membres de kamikases. ...
-
Le message d'Alger Lundi 21 Janvier 2013 ...
-
Tlemcen : le cinéma tunisien à l'honneur dès dimanche 2011.05.21 APS/Madjid.D Le cinéma tunisien sera fortement présent durant la sema...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire